que la terreur sćvissait encore, i) abonde en rćticences et en dissimulations, soit que Pauteur redoute de com* promełłre, en les citant, les couragcux citoycns qui lui donnerent asile ; soit que, pousse de cachc en cachc dans cctte Bretagne qui lui ćtait totalement inconnue, il n’ait jamais su lui-meuie les noms des villages ou des manoirs ou qn 1'abrita. II n’a pas rćvćlć le nom de son sauveur. II nc cite pas davantagc le nom du ma-noir, discrćtion qui a donnć 1’essor a des Ićgendes (1).
Cambry (2), sans etre aussi discrct, n’est guerc plus precis. II se contente de donner les initiales du manoir et du proprietaire.
« Je serais coupable, dit-il. en parlant du district dc Pont-Croix, dc nc pas rendre honnnage a la generosite, au courage, a rheroisme du citoycn CL. II habitail li terre de K..., a unc demi-lieue dc Pont-Croix, pres de Poul-David, dans le moment ou le coutcau des assas-sins se promenait sur toutes les tćtes, oii des lois eon-traignaient Ic fils i» livrcr son vieux pćce a rćchafauJ, la fcminc a trahir son epoux, le perć a sacrifier son fils.
» II osa ouvrir sa porte, donner son lit, ses soins et toute csp£ce de secours a dc malheurcux fugitifs, il compromit son cxistence, la tćte de sa feinmc, celle d’unc mdre cherie, la tranquillite de ses soeurs, d’un pere, d’une in^re, óges de quatre-vingt-cinq ans. II eut la fermetć, entourć d’espions, de leur montrer tou-jours lin front screin ; il appela souvent che/, lui la force armće, la gendarmerie, les plus ardents denon-ciateurs, dans le moment ou leurs victimes n’etaient separćs d’eux que par des planchcs. Barbaroux, Lou-vet et Roujoux entendaient de leur retraite les vocife-rations dc ceux qui les cherchaient. Imaginez le me-
(1) Gcorgts Lc Nótre, La proscrtptlon des Girondtns, p. 61.
(2) Yoyage dans te Finistłre, p. 317-318.
lange d’impressions qui se succćdaient dans leurs aincs, les calculs qui les occupaient, le desespoir, Tcsperancc que chaque- courricr dćtcrminait, le senti-inent dc reconnaissance que cbaque instant renouve-lait. Voyez au milicu de tant de precautions C... tou* jours calme, consolateur. Tous les moyens qui pou-vaient ćcartcr les soupęons se presentaient h son esprit ; on dansait deux fois par semaine au manoir de K... Toutcs les feninies du voisinage de Douarnenez ćtaient priees a ces fetes brrllantes ; rćtourdissement, la gaietć, tous les rapports du lendemain ćloignaient des soupęons que la vćrite, qui nc sc cache janiais hien, faisait naltre et renaitre chez tous les survcil-lants du district et du departement.
» La mćre de Barbarouxf sous les habits d’unc lin-gćre, plnisait & tout le monde... J’ai vu cette fenunc respcctable pendant mon sejour & K...' »
A
Quel est donc ce manoir de K... ?
Les guides les plus sćrieux signalent encore aujour-d’hui aux touristes le « chateau de Kervćnargant » coinme etant celui « oii se cachercnt Buzot, Petion, r.nadct Barbaroux et Louvct », ce qui corrcspond d’ail-leurs a la tradition Jocale.
En 1830, dqnc a une epoque ou survivaicnt des te-moins de ces temps tragiques, on montrait (1), sur la boiserie d’une cheminćc, des vcrs inscrits au crayon par Barbaroux qui vou!ait ainsi tromper ses longues heures d’cnnui (2). 11 coniposa mfmc, pendant sa re-clusion, une ode sur relcctricitć. Louvet aussi. s’en-nuyant & mourir dans sa « maison isolee » avait ecrit, pour se distraire, son Ilymne de mort qu’rl se propo-sait de chanter lorsqu’il irait a 1’echafaud. L’ode de
(1) Kmllr Souvfitre, Le Finlstłre, p. 75.
(2) Cc panneau .aurait depuis vcndu * des *trangers.