11 fut seul de son opinion 554). Toute la presse catholiąue y voyait avec Veuillot une attaąue contrę la religion, et condamnait Moliere, a rexemple de Bossuet. Seul son fils prit le parti de Moliere. Dans Particie par leąuel il intervint dans la lutte il defendit le comedien contrę l’eveque 555). Une vingtaine d’annees auparavant le critiąue protestant Busken Huet avait deja ete amene a parler de Tanatheme prononce par Bossuet contrę Moliere. 11 l’avait fait en des termes tres moderes, et s’etait contente de faire observer que la posterite a venge Moliere d’une faęon eclatante de Tinsulte de Bossuet. 11 etait d’avis qu’on devait s’en tenir la, et qu’il ne fallait certainement pas aller jusqu’a contester a l’eveque le droit de juger un auteur d'apres sa conception de la vie, puisque ce principe n’etait pas faux et que le germe de 1’absurdite du jugement de Bossuet ne se trouvait que dans son caractere absolu 556). Ce n'est pas ici le lieu dentamer cette question de moralisme et litterature. Qu’il nous suffise de remarquer que si la vie de Moliere a ete redressee, ce n’est pas par son oeuvre, ni par le jugement de la posterite, mais par sa fin religieuse 557).
Van Deyssel, qui ne s’est pas montre si modere que son predecesseur protestant, avait compris que pour juger de la vie de Moliere il ne faut pas appliquer le criterium du succes litteraire. Un de ses adversaires avait compare Bossuet, enseignant noblement a Louis XIV que Dieu seul est grand, a Moliere, louant dans Amphytrion 1’adultere du roi 558). 11 repond par une autre comparaison, en opposant le prelat riche, orgueilleux et revetu d’un grand nombre de dignites, au comedien pauvre et peu ambi-tieux. S'il est vrai, s ecrie-t-il, qu’en ses derniers moments tout homme se montre plus que jamais sous sa figurę veritable, qu’on regarde alors Bossuet qui en mourant montait Tescalier de Versailles pour aller solliciter la dignite d’eveque de Meaux pour son neveu indigne, et Moliere, qui pour secourir des pauvres n’avait pas voulu menager sa sante ebranlee, et qui rendit resprit entre les bras de deux religieuses auxquelles il donnait Thospitalite. Aussi Bossuet qui n’a pas craint d^dresser a Thistrion a la gaiete si triste les paroles: „Malheur a vous qui riez, car vous pleurerez”, devra-t-il rendre compte de ce manque de charite au Juge supreme et redoutable qui ecrase les orgueilleux sous les foudres de sa colere. C’en etait trop pour les admirateurs de Teveque de Meaux. Schaepman, un des porte-paroles les plus illustres des catholiques des Pays-Bas, et qui considerait Bossuet et Dante comme les plus grands genies catholiques apres Saint-Augustin 559), prit sur lui de venger Thonneur de Teveque auquel on avait ose porter
554) J- J- Soons, dans Studien, Maart, 1937, p. 202 sq.
555) De Diełsche Warande, Nieuwe Reeks, dcci III (1881), p. 480 sq.
556) Cd. Busken Huet, o.c., t. XXV^ p. 102-103.
557) Cf. Kr. Mauriac, o.c., p. 22-25.
558) Dr. W. Nuycns, dans Onze Wachter, April-Mei 1881, p. 255.
550) Jules Persijn, Dr. Schaepman, t. II, p. 420.
159