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deste joumal algćrien”; expression de M.-O. Delacour et de J.-R. Huleu), Le Major (l'un des textes inćdits publićs dans Contes et Paysages par Renć-Louis Doyon, Paris, La Connaissance, 1925; 1'enseinble des textes de ce recueil a ćtć rćedite dans Au pays des sables, Paris, Sorlot, 1944), Sous le jougy panie dans la Grandę France en octobre 1902, qui n'a ja-mais ćtć rćeditće depuis cette datę.
Dans la presentation du deuxieme volume des Oeuvres Completes d’Isabelle Eberhardt, intitulć Ecrits sur le sable, Marie-Odile Delacour et Jean-Rene Huleu ćcrivent:
faire partie du tableau, c’est se donner les moyens de decrire les choses de Pintćrieur. Dćmarche radicale lorsqu’on choisit de vivre avec et de montrer ceux que la colonisation voudrait nier, et qu’elle dćsigne d’un mot dont le sens devient pćjoratif : indigenes. [...] En se degageant des convenances, Isabelle Eberhardt reussit a donner une image saisissante du monde colonial qu’eile traverse. A montrer la distance qui sćpare Occident et Orient, et qu’elle a parcourue. Bień plus, elle va & ressentiel.139
Autrement que Bertrand ou Randau, Eberhardt introduit des Arabes-protagonistes dans ses recits, renversant de cette faęon la strategie roma-nesque observće jusqu’ici chez les romanciers coloniaux ou les autochtones n’etaient qu’un element superflu du dćcor (cependant difficilement deta-chables Bertrand) ou des etres secondaires par rapport aux colons qui etaient le centre d’interet chez Randau. Non-conformiste, elle esquisse 1’Autre dans tout son dramę d’etre soumis a un regime qui n’est pas le sień et cette situation oppressante et frustrante fait ressortir encore plus inten-sement 1’alterite de ses heros. Dans chacune des trois nouvelles mention-nees, la rencontre de 1’Arabe et de 1’Europćen est problćmatique, mais la ligne de partage n’est pas toujours si evidente ni l’univers si schematique.
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Yasmina la Bedouine
avait ćtć ćlevee dans un site funebre ou, au sein de la desolation environ-nante, flottait 1’ame mysterieuse des millćnaires aboiis. Son enfance s’etait ćcoulee la, dans les ruines grises, parmi les dćcombres et la poussiere d’un passć dont elle ignorait tout. De la grandeur morne de ces lieux, elle avait pris comme une surcharge de fatalisme et de reve. Etrange, melancolique, entre toutes les filles de sa race : telle ćtait Yasmina la Bćdouine.140
139 M.-O. Delacour et J.-R. Huleu, Presentation du deuxićme volume d'Oeuvres Completes d'l. Eberhardt Ecrits sur le sable, Grasset, 1990.
140 I. Eberhardt, Ecrits sur le sable, op. cit., p. 94.